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IEIF VIALATTEIEIF

Août 2015 : tempête sur les marchés

Le mois d’août aura été, comme en 2008 puis en 2011, le théâtre de turbulence sur les marchés. Un vent de panique a saisi les investisseurs notamment suite à la dévaluation inattendue du Yuan par la Banque Centrale Chinoise. Ainsi, nous avons pu assister à une forte poussée de la volatilité des marchés boursiers reflétant l’inquiétude grandissante des investisseurs quant à la réelle santé économique de la 2e puissance mondiale et de ses conséquences sur le reste du monde.

Outre-Atlantique, des statistiques publiées étayent le scénario d’une reprise américaine solide. La croissance du PIB au 2e trimestre a été révisée à la hausse à 3,7% en termes annualisés (contre 2,3% précédemment estimé), illustrant bien le sursaut de l’économie américaine. Du côté du marché de l’emploi, sur le mois, les demandes d’inscriptions aux allocations chômage reculent pour s’établir à 271 000 demandes (soit -8,75% sur un an), représentant un taux de chômage de 5,1%, soit son plus faible niveau depuis février 2008. Bien que plus faibles que prévues, les créations de postes publiées dans l’enquête ADP font état de 190 000 postes créés dans le secteur privé (contre 177 000 en juillet et 201 000 prévus).
De bonnes nouvelles proviennent également du marché immobilier comme le montre l’évolution de l’indice Case-Shiller atteignant 173,84 en juillet (contre 172,15 en juin). On notera aussi une augmentation des mises en chantier à 1,206 million en juillet (contre 1,174 million en juin en rythme annuel) ou bien encore une augmentation des ventes de logements neufs de 507 000 unités en juillet (contre 481 en juin) soit une progression de 5,4% en termes annuels.
Pour autant, d’autres données ont ravivé les inquiétudes des investisseurs en soulignant un léger ralentissement de l’activité. En ce qui concerne l’activité industrielle, les données laissent interrogateur avec notamment un indice PMI manufacturier de 53 en août (contre 53,8 en juillet), un indice ISM manufacturier de 51,1 (contre 52,7 en juillet, 52,8 attendu). Dans les services, l’évolution est similaire avec un indice PMI des services de 55,2 (stable par rapport à juillet, consensus à 54,8) et un indice ISM des services de 59 (contre 60,3 en juillet et 58,1 prévu).
Les acteurs du marché sont divisés à l’image des statistiques publiées. Tandis que les ménages restent optimistes à court terme selon l’indice de confiance des ménages Thomson-Reuters de l’Université du Michigan à 82,5 (contre 81,8 en juillet et 80,1 attendu), ils deviennent perplexes quant à l’avenir selon l’indice du Conference Board qui a perdu 0,2% en juillet (contre +0,2% prévu).
Dans l’ensemble, ces données ravivent les spéculations sur la remontée des taux de la Fed en 2015. Bien que les propos des membres de la Fed ne soient pas consensuels, une remontée des taux en décembre semble désormais assez probable.

En Asie, le géant qui sommeille a créé une violente secousse sur les marchés financiers en dévaluant le Yuan peut être en réaction au refus du FMI d’incorporer la devise chinoise à son panier de devises de droits de tirages spéciaux. Alors que les investisseurs, déjà inquiets, cherchent toujours à mesurer la détermination des autorités chinoises à soutenir les actions chinoises et à procéder aux réformes nécessaires à la transformation en économie de marché, le gouvernement semble avoir voulu enrayer le ralentissement de la croissance grâce à un « choc monétaire ». La Banque Centrale Chinoise a également lancé la prise en pension de titres à 7 jours pour un total de 150 milliards de Yuans (20,2 milliards d’Euros) correspondant à une facilité de prêt à court terme aux banques commerciales. Elle réfléchit aussi à une baisse du ratio de réserves obligatoires des banques d’un demi-point de pourcentage afin de procurer à ces dernières des liquidités supplémentaires (678 milliards de Yuans soit 92,5 milliards d’Euros). Pourtant les investisseurs sont de plus en plus fébriles quant aux perspectives de la Chine, les indicateurs publiés jetant un peu plus le doute sur la santé économique du pays. On notera ainsi un indice PMI manufacturier à 47,3 (contre 47,1 en juillet et 47,2 prévu), un indice PMI des services de 51,5 (contre 53,8 en juillet) ou bien encore la révision du PIB de 2014 de 7,3% (contre 7,4% initialement). Les statistiques sur le commerce extérieur viennent renforcer ce sentiment avec notamment le recul pour le 2e mois consécutif des exportations chinoises (-5,5% en août après -8,3% en juillet) qui, par voie de conséquence, pourrait impliquer une diminution des importations de matières premières plus particulièrement pétrolifères et donc une nouvelle baisse du prix du Brent, déjà à son plus bas niveau.

En Europe, le mois a encore été marqué par d’âpres négociations entre la Grèce et ses créanciers. Alors que l’Eurogroupe a validé le plan d’aide de 86 milliards d’euros, ce dernier devant être ratifié par plusieurs Parlements européens, dont le Bundestag qui ne compte valider le plan de sauvetage grec que si le FMI s’engage également. Or, l’institution internationale ne souhaite intervenir que si un allègement de la dette est accordé à la Grèce arguant du fait que l’endettement grec atteindra plus de 200% en 2017 si rien n’est fait.

La conjoncture en Zone Euro semble sur la bonne voie même si elle manque fortement de vigueur avec seulement +1,25% au 2e trimestre (en taux annuel). Ainsi, la BCE a abaissé ses prévisions de croissance pour les années à venir avec 1,4% en 2015 et 1,7% en 2016 s’appuyant notamment sur la baisse de la demande mondiale (notamment chinoise) et de l’inquiétude quant à la santé économique des marchés émergents (comme le Brésil). Les indices PMI manufacturiers sont à l’image de cette révision avec 52,4 en août (contre 52,2 en juillet) pour la Zone Euro et plus particulièrement 48,6 pour la France (contre 49,6 en juillet). Les indices PMI du secteur des services suivent la même tendance avec un indice de 54,3 en août (contre 54 en juillet) pour la Zone Euro et un indice de 51,8 en août (contre 52 en juillet) pour la France.
L’indicateur prospectif IFO du climat des affaires est légèrement meilleur que prévu à 108,3 (contre 108 en juillet et 107,7 attendu), mais celui du sentiment économique ZEW des investisseurs recule fortement à 25 (contre 29,7 en juillet et 32 attendu). La raison principale de ce manque d’enthousiasme repose essentiellement sur l’anticipation négative de l’impact du ralentissement chinois sur la croissance mondiale.

Les indices immobiliers européens reflétant l’état d’esprit des investisseurs ont affiché d’importantes pertes sur le mois mais relativement moindre que celles des indices de référence. En effet, l’indice de performance globale Euronext IEIF REIT Europe a reculé de 4,9% sur le mois d’août, tandis que l’indice Dow Jones Stoxx 50 affiche une perte de 9%. L’indice Euronext IEIF SIIC France a perdu 4,1%, alors que l’indice CAC 40 a dévissé de 8,5% en août. Depuis le début de l’année, l’indice Euronext IEIF REIT Europe croît de près de 20,8%, tandis que l’indice Euronext IEIF SIIC France enregistre une performance de 8,3%, à comparer aux 5,5% de l’indice Dow Jones Stoxx 50 et 9,6% du CAC 40.

Le séisme aoutien aura donc permis de mettre en exergue la forte volatilité des marchés financiers induite par l’abondance des liquidités issues des politiques monétaires ultra accommodantes. Le relèvement des taux de la Fed va-t-il sonner la fin des politiques monétaires ultra-accommodantes ou va-t-on assister à une dichotomie des politiques monétaires entre les Etats-Unis et le reste du monde ?

CHIFFRE SEPT IEIF

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